Ainsi que l’indique la brève citation de Pierre Jakez Héliaz, les usages du sureau ne se situent pas que dans le domaine de la médecine.
Les fruits servent à préparer de la confiture (cette préparation se fait plutôt dans les pays nordiques ou, au contraire, en Espagne – en France, la recette est peu répandue -).
Le jus, beaucoup plus colorant que celui des mûres (c’est tout dire !), permet de teindre la laine ou les étoffes.
Le bois des sujets anciens était recherché autrefois par les tourneurs et les tabletiers, mais il doit sécher longtemps car il subit un fort retrait et a tendance à « tourner » un peu dans tous les sens lorsqu’il est trop « vert ».
Il est facile d’enlever la moëlle au cœur des rameaux bien droits, et grâce à cela, on peut fabriquer des sarbacanes, des flûtes ou des sifflets.
L’ancêtre de la flûte traditionnelle irlandaise était creusé dans une branche de sureau ce qui explique qu’elle était largement répandue dans les campagnes, son coût de fabrication étant nul. Les bergers habituaient aussi leurs chiens à obéir aux différents sons du sifflet de sureau.
Associé à la mort de Judas, le sureau, comme je vous le disais plus haut, est donc chargé d’un lourd handicap de départ au niveau des traditions populaires.
Ses vertus médicinales ont quelque peu contrarié cette image et du coup, la symbolique de l’arbuste est complexe. Il est à la fois maudit, en tant qu’allié du sorcier, et béni, a contrario, parce qu’il possède un pouvoir de protection.
Dans le centre de la France ou en Bretagne, une vache frappée par une branche de sureau ne donne plus de lait puis meurt de maladie dans l'année.
Au Danemark, il protège les maisons et en Suède les femmes enceintes. En Sicile, il éloigne les serpents, mais rentrer son bois dans la maison porte malheur… Dormir à l’ombre du sureau est une très mauvaise idée si l’on en croit certains auteurs, mais il protège pourtant de la foudre.
Dans la mythologie nordique, il est associé à Thunar le dieu du tonnerre (un rapport ?). Pour éviter tous ses effets maléfiques, la solution est peut-être bien simple : cueillir les parties que l’on veut utiliser le jour de la Saint-Jean, en pleine lumière… C’est moins coûteux que de faire appel à un exorciste.
Voilà en tout cas un arbuste dont la sève aura fait couler de l’encre et la littérature à son sujet est abondante.
La superposition des mythes chrétiens et des traditions païennes donne parfois des cocktails assez détonants…
A suivre...