Aubépine, bien-sûr!
L’une des plus vieilles aubépines de France se trouve à Saint Mars sur la Futaie dans le département de la Mayenne.
Elle serait âgée d’un millénaire environ et mesurerait 9 m de hauteur. La croissance de l’arbuste est très lente, ce qui explique l’excellente qualité de son bois.
Le grain, particulièrement fin, est apprécié des tourneurs, bien qu’il soit difficile de se procurer des pièces de grandes dimensions. La veine du bois est peu visible et très peu colorée.
Sans rentrer dans les détails complexes de l’étude botanique, sachez qu’il existe deux variétés d’aubépine : l’épine blanche ou aubépine monogyne (crataegus monogyna) dont la fleur possède un seule style, et l’aubépine à deux styles (crataegus laevigata).
L’arbuste a une particularité qui est un défaut (pour les uns) et une qualité (pour les autres) : elle possède, sur ses rameaux, des piquants redoutables.
Les branches ayant tendance à pousser touffues et à s’entrelacer, les paysans, autrefois, l’ont souvent plantée en limite de leurs champs ou de leurs terres cultivées, soit pour empêcher les prédateurs terrestres d’envahir leurs champs, soit pour limiter les fugues des animaux domestiques.
L’aubépine et le prunelier (doué des mêmes propriétés piquantes) sont en quelque sorte les ancêtres du fil de fer barbelé ! La recherche du confort (!) et surtout le développement des clôtures électrifiées (moins envahissante) ont eu pour conséquence l’abattage de nombreuses haies d’aubépine notamment lorsque les ingénieurs agronomes sont partis en campagne, dans les années 1960-80, contre les paysages de bocage.
L’ardeur destructrice de ces chevaliers du remembrement s’est un peu calmée, mais notre arbuste piquant bienaimé a maintenant à faire face à un autre adversaire redoutable, une maladie, le feu bactérien, qui les fait disparaître peu à peu dans certaines régions de France. Sauf brûler les arbres morts, il est extrêmement difficile de faire front à ce fléau contre lequel nul traitement vraiment efficace n’est connu.
Les aubépines, compte-tenu de leur longévité, ont aussi souvent servi de limites cadastrales, permettant de borner parcelles, paroisses ou territoires communaux. Ce sont souvent des arbustes ayant eu cet usage que l’on retrouve parmi les « vénérables » ; plantée en haie serrée, l’épine blanche a une durée de vie moindre.
Les fruits rouges de l’aubépine ne sont guère appréciés de nos jours bien qu’ils soient comestibles.
Il faut dire qu’il faut déjà se munir d’une cotte de mailles et de gants de boxe pour les ramasser… Leur goût est assez fade et leur consistance plutôt farineuse. Si les humains les boudent un peu, ce n’est pas le cas des oiseaux qui en font de véritables festins pendant les mois d’hiver.
Dans les périodes de famine, nos ancêtres n’étaient pas autant « fine gueule » : les senelles ou « poires à bon Dieu » étaient récoltées massivement ; on les faisait sécher et on les passait à la meule. La farine obtenue venait compléter, et parfois même suppléer à la farine de froment ou de sarrasin que la récolte médiocre n’avait pas permis de stocker en quantité suffisante pour tenir jusqu’au printemps.
Le retour en force des préparations « naturelles » redonne une place modeste à cette baie rouge dans la pharmacopée proposée aux adeptes de la phytothérapie.
Les feuilles séchées de l’Aubépine sont sans doute plus intéressantes sur le plan médical. On a découvert au XIXème siècle que la plante avait des propriétés remarquables dans le traitement des affections cardiaques. Les substances présentes ont une action positive sur les problèmes d’arythmie, de tachycardie ou de palpitations.
L’infusion est calmante et agit notamment dans le cas d’anxiétés persistantes. Elle n’agit pas comme un somnifère mais facilite la phase d’endormissement en contribuant à une accalmie des tensions nerveuses.

