Superstitions
Dans toutes les contrées septentrionales de l'Europe, le sorbier des oiseleur a suscité de nombreuses superstitions.
De l'Ecosse à la Scandinavie, ses rameaux fructifiés, les bâtons taillés dans ses branches, protégeaient des mauvais sorts, chassaient sorcières et sortilèges.
Les fermiers des Highlands le plantaient au voisinage de leurs demeures pour en écarter les esprits maléfiques et, au premier mai, faisaient passer moutons et agneaux dans un cerceau de sorbier pour les préserver de tout accident.
Sur le continent, il était surtout considéré comme un protecteur du bétail: le Kalevala parle d'une divinité du sorbier favorable aux troupeaux; en Suède, en Estonie, on frappait les jeunes bêtes d'un coup de baguette de sorbier quand on leur attribuait un nom, à la fois en prévention du mauvais œil et pour leur insuffler la puissance génératrice du végétal.
Les noms du sorbier des oiseleurs dans les langues scandinaves, norvégien Rogn, suédois Ronn, et l'anglais Rowan sont à rattacher à rune, vieux mot norvégien signifiant "secret magique", "écriture secrète": les écrits "runiques" étaient souvent gravés sur le bois de cet arbre.
Le sorbier des oiseleurs fut-il choisi pour quelque complicité avec les forces supérieures ou bien, préféré à l'origine pour la finesse, la dureté d'un bois particulièrement apte à recevoir et à conserver les signes tout-puissants, a-t-il peu à peu gagné le prestige d'un être témoin des mystères, est-il lui-même devenu magique par assimilation progressive du signe sacré au bois, du bois à l'arbre?
En 1837, on voyait encore en Ecosse de grands cercles de pierres entourés de vieux sorbiers.
Était-ce le vestige d'une association rituelle remontant à la civilisation des mégalithes ou, au contraire, le témoignage de la terreur que devaient susciter les anciens lieux de culte dans l'imagination populaire, foyers de forces malfaisantes qu'il était bon d'isoler du monde par une enceinte d'arbres protecteurs?