L’aubépine, porte du royaume souterrain des fées
S’il est des arbres et des arbustes qui jouent un rôle important dans la mythologie, l’aubépine (épine blanche) en fait indiscutablement partie.
Sa floraison au mois de mai, au cœur du renouveau printanier, n’est pas étrangère à son succès ; le fait que ses fleurs soient d’une blancheur immaculée joue aussi son rôle.
L’aubépine a largement débordé le cadre de toutes les mythologies anciennes, celtes, nordiques, germaniques… pour investir l’ensemble de la tradition orale fantastique.
Assoyez-vous au pied de cet arbuste lorsque s’ouvrent les premières fleurs, et le vœu que vous formulerez sera inéluctablement réalisé, à moins que les fées qui dorment dans le monde souterrain aient été outragées par l’une de vos actions. Vous aurez fort à faire pour vous réconcilier avec elles ; la meilleure solution c’est sans doute de leur rendre visite et de vous expliquer de vive voix.
Ce n’est pas difficile : le creux qui s’ouvre entre les racines, là, devant vous, au pied de la vieille aubépine centenaire est certainement l’une des entrées de leur domaine mystérieux. Agrandissez le trou, passez-y la tête et… advienne que pourra.
Je vous conseille auparavant de prendre quelques leçons de savoir vivre féérique car ces belles dames sont assez susceptibles. Si vous n’avez point le sésame qui vous permettra de rentrer six pieds sous terre, vous pouvez vous contenter de rapporter un rameau bien fleuri de l’arbuste et de le placer à côté de votre pas de porte : le mauvais sort s’éloignera de votre demeure.
Ne vous avisez cependant pas de faire un quelconque bouquet et de le placer à l’intérieur, sur la table du salon, vos branchages perdraient alors tout pouvoir magique.
De plus, l’aubépine a un défaut : l’odeur de ses fleurs n’est pas très agréable.
Les branches fleuries avaient des usages très variés : lors de la traditionnelle fête des Mayes (Mays ou Mais) dans certaines régions, les jeunes gens cherchant fille à marier fixaient divers rameaux d’arbustes sur les façades des maisons.
Le choix botanique ainsi que la taille de l’arbuste choisi avaient une signification particulière.
La présence d’une branche d’aubépine avait un sens différent selon les endroits. Soit elle signifiait que la jeune personne habitant la demeure devait être fréquentée avec circonspection car elle avait un caractère « de cochon » : acariâtre, grincheuse, « faiseuse d’histoires ».
Soit elle servait au repérage pur et simple et indiquait qu’il y avait, en ce lieu, jeune fille bonne à marier.