Projet de loi santé : patients ou clients ?
Plus de malades, plus de rentabilité
Ce qui va changer ?
Le soin, devenant un produit commercial comme un autre, va prendre place dans une chaîne de distribution.
Une plateforme de distribution achètera des soins aux professionnels devenus des producteurs de services.
Cette plateforme vendra des packs santé à des complémentaires (assurances, mutuelles, institutions de prévoyance).
Celles-ci vendront aux patients des contrats d’assurance par l’intermédiaire de leur employeur (couverture complémentaire obligatoire, ou mutuelle d’entreprise).
Cet intermédiaire, devenu obligatoire depuis la loi sur l’Accord national interprofessionnel (ANI, effective au 1er janvier 2016), pose de façon aiguë le problème du secret médical et de la transmission de nos données de santé.
Car ces contrats tiendront compte de nos antécédents médicaux, de notre âge, voire de notre comportement (fumeur, joggeur, boulimique…) pour évaluer notre risque santé, et donc la prime d’assurance que nous aurons à payer.
Pour être rentable, ce système nécessite de plus en plus de malades et de maladies. Rien de plus facile, dans un pays industrialisé.
Entre la pollution (de l’air, de l’eau et des sols, chimique, électromagnétique, sonore…), l’alimentation industrielle, les effets iatrogènes de certains médicaments, les habitudes alimentaires hypercarnées et hyperlactées, le rythme de vie toujours plus accéléré et le stress généré, ce système a de l’avenir !
Soins déshumanisés
Un avenir que l’on nous décrit à longueur de reportages et d’articles comme nécessairement hyper technologique…
Pourquoi nous faire croire comme inéluctable cette évolution sociétale où le diagnostic médical pourrait être remplacé par des algorithmes, et le médecin par un robot ?
Quel paradoxe et quelle incohérence, au moment même où la planète prend conscience de ses limites (en ressources, en absorption de la pollution, en capacité de régénération), qui rendent totalement irréaliste cet avenir « rêvé ».
À travers ce nouveau système imposé se dessinent les contours d’une médecine où l’humain n’est plus qu’une source de profit pour les puissances économiques du XXIe siècle, soit la finance et le numérique.
Plus de place pour la relation thérapeutique, pour l’alimentation saine, pour la prévention, pour l’effet placebo ou pour les capacités d’autoréparation du corps : ce n’est pas quantifiable, donc pas monnayable.
Plus de place non plus pour les pratiques alternatives si elles ne sont pas rentables, c’est-à-dire si elles ne fabriquent pas de nouveaux malades, ou pire, si elles les guérissent.
De toute façon, le patient-consommateur (appelons-le carrément le client) sera dirigé par sa complémentaire vers les professionnels agréés pour avoir « les meilleurs prix ».
Le choix du praticien et celui des thérapeutiques resteront possibles pour les patients dont les revenus le permettront. Comme actuellement.
À une différence près : même le gros risque ne sera plus assuré par la solidarité. Un détail qui va tout changer. Jusque-là, la maladie était l’affaire de tous. Dorénavant, elle ne concernera que les malades.
Et si ces malades ne peuvent pas se payer des soins lourds ou sophistiqués, à quoi serviront-ils ?
Et à quoi servira la recherche ?
Alors, avant que tout ne change, exigeons un vrai débat public sur la santé !
À suivre...
Sommaire du journal n°30 - Alternative Santé
Sommaire du journal n°30 - Le magazine numérique Alternative Santé est destiné à ceux qui ne veulent pas se contenter des solutions toutes faites de la