Nouvelle technologie:
notre cerveau asservi
Nous passons nos journées à répondre aux messages, au téléphone, aux mails, à vérifier Facebook... Nous nous sentons hyper-connectés, hyper-efficaces, hyper-performants. En réalité, le comportement multitâche est un leurre.
Daniel J. Levitin, neuro scientifique et spécialiste en psychologie cognitive, explique que le cerveau humain n'est pas fait pour effectuer plusieurs tâches en même temps. Il ne peut que jongler avec. Et cela l'épuise. À chaque basculement, le cortex préfrontal se mobilise et brûle une grande quantité de glucose, le carburant dont le cerveau a besoin.
De plus, chaque situation imprévue nécessite une prise de décision. Dois-je regarder ce nouveau message, ce nouveau mail? Dois-je y répondre maintenant, plus tard? Est-ce privé, professionnel? important? Futile? Dans la hâte, la hiérarchisation de l'information se perd et nous expose à y répondre de manière inadéquate, impolie ou pas du tout.
Apprendre?
Une dure tâche
Le processus de l'apprentissage est lui aussi mis a mal dans ces conditions. Une étude menée par Russ Poldrack, neuroscientifique à l'université de Stanford, montre que l'information assimilée par les étudiants qui apprennent en regardant la télé est stockée dans une mauvaise région du cerveau, le striatum, spécialisé dans le savoir-faire et non dans le savoir théorique. Alors qu'en se concentrant l'information va dans l'hippocampe où elle est organisée et catégorisée. De plus, se focaliser sur un seul objectif mobilise le cortex cingulaire antérieur en plus du striatum et nous fait économiser le glucose.
Mais nous n'avons pas besoin de nous abonner au multitâches pour en subir les méfaits. Le simple fait d'avoir la possibilité de le faire est déjà néfaste. Un e-mail non lu alors que nous essayons de nous concentrer réduit déjà notre QI de 10 points. Glenn Wilson, ancien professeur de psychologie de Gresham Collège de Londres appelle cela "l'info-manie".
Alors, pourquoi le faisons nous?
Parce que le cerveau humain est friand de nouveautés. À chaque changement d'activité, il sécrète de l'hormone du plaisir, la dopamine. Le comportement multitâche récompense le cerveau pour sa permanente recherche de stimulation extérieure, comme le verre d'alcool récompense l'alcoolique ou la cigarette, le fumeur. Ainsi, plus on jongle, plus on devient accro. Les réserves de glucose s'épuisent, la production de cortisol, hormone du stress, et d'adrénaline explose, le cerveau est supra-sollicité, et c'est le court-circuit.
S'en suivent épuisement physique, confusion mentale, anxiété, comportements agressifs et compulsifs. Et cette addiction neurale, car c'est bien de cela qu'il s'agit, cause plus de pertes cognitives que celles engendrées par la consommation de cannabis.
Alors, la prochaine fois que nos gadgets technologiques se manifestent au moment inopportun, réfléchissons à deux fois avant de nous y pencher. Ou plutôt, non, n'y pensons pas. On réfléchira mieux.
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