Visite de Saint-Chef
La rue de l’Abbatiale, artère percée en 1860 sans considération pour quelques bâtiments conventuels mis à bas. Elle conduit vers la vaste nef de l’église où Frédéric se souviendra du curé récitant en chaire la recette du gratin dauphinois. La place de l’Église témoigne de la splendeur passée de l’abbaye.
Le doyenné – aujourd’hui la mairie –, la chamarerie ou l’hôtellerie font assaut d’élégance avec leurs façades Renaissance. Le village de 3 000 habitants ne retrouvera pas l’animation des cinq bouchers et de la vingtaine de cafés où l’on s’abreuvait du vin du coteau de Crucilleux, dont Frédéric Dard se plaît à faire la réclame dans ses San Antonio.
Mais, comme lui en son temps, il reste encore des gamins pour dévaler en luge la Vie de la Chaîne, que l’on rejoint depuis la place par la rue Saint-Theudère, fondateur de l’abbaye au VIème siècle. Depuis le raidillon, Frédéric Dard apercevait avec « une étourdissante intensité » le clocher de l’abbatiale bardé de tavaillons de mélèze.
FLÂNERIE DANS UN VILLAGE RESTÉ AUTHENTIQUE
Plus haut, prolongeant par la Vie des Granges, le quartier de la Chapelle s’étage à travers champs sur un replat. Un quartier agricole, bâti de fermes en pisé, comme celle qui s’élève rue de la Paroisse, à qui ne manque ni son « bachat » (auge), ni son « chapit » (remise). Quelques pas auparavant, au numéro 1 du chemin Cadet, la coquette maisonnette où la famille Dard emménage après l’année passée dans l’auberge a plus modeste allure. De là, le gamin partait à gauche sur les chemins pour rejoindre en contrebas l’école des garçons, sur la place qui porte depuis son nom.
À droite, c’était l’aventure.
Redescendant par la rue de la Paroisse, puis empruntant la Vie du Chapitre, on rejoint l’abbatiale, que l’on contourne pour monter sur l’autre colline du bourg par le chemin des Oulles. Arrivés sur la crête nord, on débouche sur la rue des Châteaux, la bien nommée, dans ce bourg frontalier entre Dauphiné et Savoie qui, à lui seul, en aligne trois.
La tour du Poulet, seul vestige du castel médiéval, est une mélancolique tour de garde coiffée de végétation. En revanche, les deux autres manoirs Renaissance construits sur la crête après les guerres de religion ont plus belle mine.
On redescendra vers le bourg en longeant les anciennes fortifications, par le chemin des Pointières, planté de têtiers, pierres plates dressées où s’enroulaient les vignes. Presque un totem dans ce village « qui sent le vin et où résonne le maillet des tonneliers », qui conserve trois viticulteurs, et où chacun possède son arpent de vigne dont on tire « le vin de nos paroisses » si cher à Frédéric Dard. Et à Alexandre-Benoît Bérurier.
Un article extrait du site Lacroix.com de juin 2012