Ils cueillent des plantes pour les laboratoires homéopathiques
Régis Buffière et sa famille parcourent la région et une bonne partie de la France pour cueillir des plantes aux vertus médicinales qu’ils vendent aux laboratoires homéopathiques, à commencer par le leader Boiron.
Après l’arnica, début juillet, ils ont commencé à cueillir du millepertuis, mardi, dans la haute vallée d’Azergues.
Refroidi par le printemps maussade, le millepertuis a pris son temps, cette année, puisque c’est avec près d’un mois de retard qu’il a commencé à fleurir au début de cette semaine. Un retard qui a fait craindre à Régis Buffière une faible récolte de cette plante, très prisée en homéopathie et en phytothérapie pour ses propriétés calmante
« Mais là, c’est parti : on en trouve un peu de partout. La plante aime les coupes de bois : on la voit apparaître un ou deux ans après », commentait ce cueilleur professionnel de plantes sauvages médicinales, mercredi, sur les hauteurs de Létra, dans la vallée d’Azergues, au milieu d’un ancien vignoble arraché il y a peu.
Ce matin-là, toute l’équipe de la petite entreprise familiale est à la tâche. Tandis que les deux fils de Régis Buffière cueillent dans un champ voisin, ici c’est Virginie, l’une des deux cueilleuses qui n’est pas de la famille, qui collecte des plants et constitue des fagots. Ils rejoindront en camion frigorifique les 400 kg déjà stockés dans la chambre froide à Chamelet. « Demain (NDLR : jeudi), on livre 800 kg à Boiron », explique Régis Buffière. « La livraison doit se faire dans les 48 heures maximum », précise Françoise Merceron, pharmacienne responsable des achats des plantes chez Boiron, venue faire un « audit ». « On vérifie que la cueillette est bien faite, qu’il n’y a pas de graminées ou de terre avec les plantes ; que la cueillette se fait loin des zones industrielles et du réseau routier », explique Françoise Merceron, en ajoutant que « tout ce qui pousse en France est cueilli en France ».
Le leader de l’homéopathie fait appel à une quarantaine de cueilleurs en France, mais seuls une dizaine ne vivent que de cette activité, comme Régis Buffière, formé sur le terrain aux côtés du botaniste Gérard Ducerf, avec sa femme et son beau-frère, avec lesquels il a créé la société en 1984.
Depuis quinze ans, la société Rivier-Buffière bénéficie du label bio délivré par Ecocert. L’organisme vient lui aussi faire ses contrôles. « C’est surtout la qualité de l’air qui peut poser problème », remarque Régis Buffière. Cette certification implique l’application de bonnes pratiques pour préserver la biodiversité.
Les cueilleurs interviennent le plus souvent sur des terrains privés. « C’est rare que l’on ait des refus ou que l’on doive payer… Mais on a toujours des bouteilles de beaujolais dans le camion », sourit Régis Buffière.
Les cueilleurs rhodaniens livrent chaque année 30 tonnes de plantes et 1,8 tonne de bourgeons à une dizaine de laboratoires : français, suisses, belges, hollandais et allemands.
Entre le 8 et le 15 juillet, l’équipe a cueilli trois tonnes d’arnica, autre star des plantes médicinales.
Pendant deux semaines, ils rassembleront 2,5 tonnes de millepertuis, dont la demande augmente, à l’instar d’autres plantes calmantes, comme la valériane, le lotier corniculé ou le figuier, guère apprécié des cueilleurs, car son lait est très corrosif.
Mais tout ne se mesure pas en tonnes : « En homéopathie, on nous demande parfois deux kg de Chlora perfoliata, une gentiane jaune… ».
Si 60 % des plantes sont récoltées dans un rayon de 100 kilomètres délimité par le Forez et la Dombes, les cueilleurs de Chamelet parcourent aussi le Jura, les Vosges ou la région de Perpignan.
Après le millepertuis, ils prendront ainsi la direction du sud pour le romarin et la lavande, et des Alpes pour les jeunes pousses d’airelles.
Article de Sylvie Montaron, leprogres.fr
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