UN PEU D'HISTOIRE
Les Johnnies de Roscoff
Apporté du Portugal au XVIIème siècle par un moine capucin qui apprit à ses voisins du couvent de Roscoff à le cultiver, l'oignon rosé est à l'origine d'une formidable épopée, celle des Johnnies.
La saga des "ar Johnniged" en breton, débuta en effet en 1828 quand un cultivateur de Roscoff, Henri Ollivier eut l'idée de charger une gabare de ces oignons rosés, devenus une des spécialités de la région, pour aller les vendre de l'autre côté de la Manche, en Angleterre. Ce fut alors le début d'une organisation commerciale qui perdura jusqu'à nos jours.
Justifié par la nécessité pour les paysans léonards de trouver un revenu d'appoint nécessaire à la survie d'une famille, souvent nombreuse. Le commerce des oignons connut son âge d'or entre 1920 et 1940. Il employa jusqu'à 1400 vendeurs et représentait 9000 tonnes d'oignons vendus chaque année. Expatriés durant six mois par an de juillet à janvier, nos "Johnnies petit jean" ainsi surnommés en raison du très jeune âge de beaucoup d'entre eux (9-10 ans), vendaient de porte en porte leurs oignons tressés en bottes de 3 à 4 kg, qu'ils portaient enfilées sur un bâton, à l'épaule.
À partir de 1930, l'utilisation de la bicyclette libéra les épaules des Johnnies et popularisa leur image: béret, sourire et oignons ruisselants en chapelets accrochés au guidon. Chaque engin pouvait en emporter jusqu'a 150 kg. Les femmes, restées à la ferme, apportaient leur concours en assurant une grande partie de la culture et de la récolte des oignons.
La seconde guerre mondiale amorça le déclin de l'activité, et malgré la création d'une entreprise de producteurs vendeurs: l'Association des marchands d'oignons de Roscoff et de sa région, le métier des Johnnies s'éteignit inexorablement.
Imprègnes des croyances et de la ferveur chrétienne de la société rurale léonarde, les Johnnies quittaient traditionnellement le port de Roscoff le troisième lundi de juillet, jour du pardon de sainte Barbe, en saluant la sainte dont la chapelle surplombe le port, en hissant trois fois le drapeau en signe d'au revoir.

